Contempler la tranquillité  - Julie Corrales

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Contempler la tranquillité

Contempler la tranquillité  - Julie Corrales

Près de mon appartement, un grand parc est ouvert du matin au soir et accueille toutes sortes de personnes que j’aime regarder de mon balcon. Je reste tranquillement à sentir l’air nocturne qui arrive, à regarder les derniers passants qui traînent encore, à attendre le dernier tour du gardien, pour qu’il ferme les grilles. Puis, le parc tombe dans le silence. Je reste à écouter le bruit des feuilles dans le vent, les craquements des branches alourdies par la neige, la pluie qui tombe sur les kiosques de bois qui parsèment le lieu d’une multitude de petites étapes. J’avais remarqué aussi que les promeneurs aimaient se retrouver dans ces lieux à moitié ouverts, à moitié fermés. Leur protection semblait les rassurer. Les enfants aiment y jouer, les couples se forment sur les bancs, les personnes âgées apprécient de s’y reposer.

Aussi bizarre que cela puisse paraître, je ne descends m’y promener que peu souvent. Rester sur mon balcon me suffit. J’ai aussi quelques difficultés à marcher. En plus de ce handicap, mon âge avancé m’a donné des taches brunes peau, des rides, mais aussi une sérénité que je n’avais pas avant. Je peux rester des heures en contemplation devant ce bout de jardin paisible. J’ai aussi des oiseaux qui viennent parfois sur mon balcon. Un moineau, notamment, qui se pose sur les barreaux de la rambarde et qui penche sa petite tête de côté. Il pépie ensuite comme un animal domestique appellerait son maître. Dès que je sors, il s’envole sur une branche d’arbre. Il me regarde mettre les miettes de pain ou de gâteau, le beurre, les céréales pour oiseau, selon ce que j’ai ce jour-là, dans une coupelle que je pose.

Quand je rentre, je l’observe s’approcher prudemment. Il volète jusqu’à l’assiette de nourriture et il picore tout ce qui est dedans. C’est un gros gourmand. L’hiver, je répète ce rituel plusieurs fois par jour. D’autres oiseaux viennent alors se sustenter des restes que je leur laisse. Parfois, un pigeon roucoule, perché sur les barres de fer qui délimitent mon balcon. J’aime bien son chant doux comme un ronronnement. Un rouge-gorge vient aussi. Lorsqu’il fait froid, il gonfle ses plumes et paraît rond et gras. Mais au printemps, il s’affine et redevient un petit oiseau. L’étang du parc m’amène aussi des libellules. J’ai remarqué qu’elles aiment se poser sur les tuteurs de mon rosier. Comme moi, elles aiment le silence.